Le CRFIM, depuis sa mise en place n’a pas arrêté d’améliorer son système de collecte et de traitement des informations maritimes grâce à l’utilisation de plusieurs plateformes de communication, d’échange et de partage d’informations maritimes modernes et à l’extension de ses réseaux d’informateur. Résultat, le nombre d’informations traitées au niveau de ce Centre en 2020 a augmenté de 23,7% par rapport à 2019 et de 43% par rapport à 2018.

Pour ce qui concerne le trafic de drogue par voie maritime, la région Afoa-OI a connu une stabilité en 2020. En effet, suivant le rapport annuel établi par le CRFIM, pour l’année 2020, ce centre a enregistré au total 35,5 tonnes de drogues saisies contre 81, 36 tonnes en 2019 et 76,8 tonnes en 2018. Il y a donc une nette recule en termes de quantité par rapport à l’année 2019, d’un taux de 56,36%. Ce résultat pourrait s’expliquer par l’avènement de la pandémie de COVID-19 entrainant la mise en place de diverses mesures restrictives et le renforcement des systèmes de surveillance de la circulation des hommes et des marchandises. Toutefois, il y a une grande différence par rapport à l’année 2019, sur les types de produits interceptés. En raison de cette pandémie, les trafiquants ont dû varier leurs marchandises.

Augmentation du nombre de saisie mais diminution de la quantité :

Sur les 168 cas de trafic et de contrebande enregistrés par le CRFIM en 2020, 102 sont relatifs au trafic de stupéfiants contre 106 cas sur 166 en 2019 et 81 cas en 2018.

 

Comparaison des différentes saisies de drogues entre 2019 et 2020
Source : CRFIM 2020

Trois types de stupéfiants accusent un trafic accru dans la zone Afoa-OI : le haschisch, l’héroïne et la méthamphétamine.


Quantité de saisies observés par le CRFIM

Pour le cas de haschisch ou cannabis qui est le plus répandu, une saisine de 24,82 tonnes a été enregistrée en 2020 contre 49,562 tonnes en 2019 et 70,2 tonnes en 2018. Il y a donc une diminution de 50,08% par rapport à 2019 et de 64,64% par rapport à 2018. Il y a une augmentation en nombre de saisie mais une diminution en quantité. Cette augmentation du nombre de saisie pourrait s’expliquer par l’amélioration du système de collecte et de traitement d’informations usé par le CRFIM lui permettant d’augmenter le nombre d’informations traitées et d’assurer une surveillance avancée de son zon d’intervention.

Concernant le trafic d’héroïne, le CRFIM a enregistré au total 3.73 tonnes de saisie en 2020 ; 8,25 tonnes en 2019 et 6,59 tonnes en 2018. Ce trafic a baissé de 54,78% par rapport à 2019 et de 43,39% par rapport à 2018. Ici, il y a également augmentation du nombre de saisie mais diminution en termes de quantité. L’essentiel des saisies d’héroïne en mer ont eu lieu sur la « smack track » principalement dans le nord de l’océan Indien entre Oman et le Pakistan. Elle transite depuis la zone Pakistano / Iranienne vers l’Afrique de l’Est (Mozambique, Tanzanie, Kenya). Elle est pour une majeure partie réexpédiée vers l’Europe à travers le continent africain ou par voie aérienne.

Sur le cas de trafic de méthamphétamine, cette activité a connu une forte augmentation vers la fin de l’année 2019 avec l’augmentation de la capacité de production en Afghanistan. En 2020, le CRFIM a enregistré 21 saisies contre 6 en 2019. Le total représente 2.5 tonnes environ.

Des modes opératoires de plus en plus élaborés :

Comme les années précédentes, le nord de l’Océan Indien concentre la majorité des évènements reportés. Cela est dû principalement par la proximité des zones de production et du positionnement des forces navales internationales et nationales. Dans la plupart des cas, pour l’héroïne, les trafiquants utilisent les porte-conteneurs pour faire circuler leurs drogues. Plus les marchandises transportées dans les conteneurs sont d’une grande quantité, plus il s’avère difficile de les contrôler, raison pour laquelle, ceux-ci sont plus utilisés par les trafiquants pour dissimuler leurs drogues et les acheminer à bon port. Les drogues sont soit transportées en pontée sur le navire ou en mode Rip-On / Rip-off dans le conteneur pour de petites quantités, ou dissimulées dans la structure ou la partie technique du conteneur (conteneurs frigorifiques) pour des quantités plus importantes. Tandis que pour le haschisch, les trafiquants utilisent le plus souvent sont des boutres traditionnels iraniens) en raison notamment de l’important volume du chargement constaté lors des saisies en haute mer (2 tonnes en moyenne). Ce sont le Pakistan et la mer d’Arabie qui sont les plus concernés par ce trafic. Pour le cas de méthamphétamine, ce trafic touche surtout le Pakistan, la mer d’Arabie et Dubaï et les trafiquants usent le plus souvent soient des boutres traditionnels, soient des porte-conteneurs.  Pour le mode opératoire, la technique du « within the load » a également été observé pour l’héroïne (ballons de football) mais également pour d’autres produits stupéfiants : pneumatiques et fruits pour le haschich et sacs de coton ou cargaison de sel de table et de médicament pour la méthamphétamine. La dissimulation dans des chargements de matériaux de construction (tuiles) a également été constatée.

Enjeu de la sécurité maritime dans la zone de l’AfOA-OI :

Troisième plus grand Océan du monde, il faut rappeler que l’Océan Indien abrite la plus grande autoroute maritime commerciale et est le centre du marché pétrolier mondial. Il constitue la plaque tournante permettant la projection vers l’Asie, l’Europe et l’Afrique mais également un des hauts lieux stratégiques de la planète. Il est très important d’assurer la sécurisation des approvisionnements traversant cette autoroute maritime. En abritant l’une des routes maritimes les plus convoitées, la zone de l’AfOA-OI est également plus exploitée par les trafiquants de drogue, ce qui a induit plusieurs Etats se trouvant dans cette zone, conscients des capacités limitées des Etats littoraux pour contrôler leur domaine maritime face aux diverses menaces dont celui-ci est exposé, à déployer des efforts communs pour assurer à la fois la protection des voies maritimes mais également le développement d’une gouvernance maritime conduisant à la mise en place de l’économie bleue. D’où la mise en place en 2016 du Centre de Fusion d’Informations Maritimes dans le cadre du résultat 5 du programme régional de sécurité maritime (MASE) mis en œuvre par la Commission de l’Océan Indien (COI) dans le but de renforcer la sécurité et la sûreté maritime dans la région AfOA-OI en luttant contre les crimes et les divers trafics en mer mais aussi pour anticiper et mener des opérations coordonnées contre les menaces détectées.

Le programme MASE, financé par l’Union Européenne et mis en œuvre par la COI dans le cadre de ses résultats 4 et 5 sur le renforcement des capacités régionales pour l’échange et la fusion d’informations maritimes et la coordination des actions en mer, vise à doter les Etats de la région AfOA-OI parties, d’un Centre régional de fusion d’informations maritimes et d’un Centre opérationnel, respectivement basés à Madagascar et aux Seychelles.

A côté, il y a également le projet CRIMARIO, établi en 2015 et financé par l’Union Européenne, visant à renforcer la connaissance de la situation maritime des pays côtiers, dans l’ensemble de l’Océan Indien, en promouvant l’interopérabilité entre les centres nationaux et régionaux de partage d’informations maritimes et leurs réseaux de communication. Un nouveau projet CRIMARIO II a déjà été initié en 2020 dans le but de poursuivre l’appui aux centres de surveillance maritime régionaux et nationaux dans le cadre du partage d’informations et le renforcement des compétences des différents agences maritimes en charge de l’application de la loi dans la zone Asie du Sud et Asie du Sud Est.