https://www.aspistrategist.org.au/the-unintended-consequences-of-charcoal/

Les Nations Unies peuvent parfois être une figure d’amusement pour son engagement essoufflé envers les détails les plus ennuyeux, mais n’oubliez pas de penser aux membres du Groupe de contrôle des Nations Unies sur la Somalie et l’Érythrée (SEMG), qui soumettent chaque année des centaines de pages de rapports sur le commerce illicite du charbon noir somalien. (…)
Le charbon de bois fabriqué à partir de l’acacia est très prisé au Moyen-Orient pour la shisha et les barbecues. En fait, il est tellement prisé (ou peut-être tellement négligé) que de nombreux pays de la région semblent heureux de le recevoir sans se poser trop de questions difficiles sur sa provenance.
La première partie de son voyage consiste à transporter le charbon de bois depuis sa source dans les forêts d’acacias somaliennes jusqu’aux principaux ports de la côte. En chemin, al-Shabaab, un groupe terroriste violent responsable de plusieurs attentats majeurs en Somalie et au Kenya (dont un camion piégé en 2017 qui a tué plus de 500 personnes), taxe le charbon de bois qui passe ses barrages routiers. Le volume du commerce du charbon de bois est tel qu’à son apogée, al-Shabaab en recevait 25 millions de dollars de recettes.
Cet énorme afflux de richesses vers le groupe terroriste lié à Al-Qaïda a incité le Conseil de sécurité de l’ONU à interdire l’exportation de charbon de bois de Somalie en 2012. L’interdiction est restée en vigueur depuis lors, et bien que les niveaux d’exportation aient baissé, elle est loin d’être terminée – en 2018, le SEMG estime qu’al-Shabaab a encore reçu environ 7,5 millions de dollars sur quelque 60 000 tonnes de charbon de bois. En provenance de Somalie, le SEMG énumère une véritable corne d’abondance d’activités criminelles avant que le charbon de bois n’arrive à sa destination finale. Selon ses rapports diligents et ceux d’autres enquêteurs régionaux, les soldats kenyans de l’AMISOM, la mission de maintien de la paix en Somalie avait l’intention de faire respecter l’interdiction, au lieu de surveiller et de profiter des mouvements du charbon de bois dans les ports somaliens. La paperasserie dissimulant son origine est produite aux Comores, en Côte d’Ivoire, en Gambie, en Gambie, au Ghana et en Iran, certaines entièrement contrefaites, d’autres produites par des fonctionnaires corrompus. A son point de transbordement en Iran, le charbon de bois est transféré dans des sacs qui dissimulent ses origines somaliennes, avant de se rendre à Dubaï où des agents bien conscients de ses origines douteuses le distribuent à ses acheteurs finaux à travers le Golfe. Outre le terrorisme, la corruption, la contrebande, la corruption et le crime organisé, le charbon de bois somalien a également une autre conséquence dévastatrice : la déforestation de la Somalie. (…)